jeudi 1 décembre 2016

Je n'ai jamais embrassé Laure - Kiev Renaud

Quatrième de couverture :

Laure est belle, Florence ne l’est pas. Pourtant, elles vivent et s’aiment comme des âmes sœurs, peut-être un peu plus. Leur désir et leur affection ne s’atténuent pas avec le mariage de Florence, puis la naissance de Cassandre, qui aura son mot à dire et voudra, elle aussi, tenir le rôle dans cette pièce aux miroirs.

Le livre que propose Kiev Renaud ne révèle pas tout ; il en dit juste assez pour que le lecteur puisse participer à la construction d’une histoire livrée sous forme de tableaux. On y trouve des fillettes qui jouent aux prostituées, font visiter une maison vide à un inconnu, s’imaginent avoir été kidnappées. Le danger y est souvent frôlé, mais surtout en pensée et par le langage. Ce que le roman veut raconter n’est pas dans l’aventure, mais dans la relation ambiguë qui s’établit entre les personnages féminins mis en scène. Une écriture fine, précise, retenue vous attend dès la première nouvelle, qui a valu à son auteure de remporter le Prix du jeune écrivain de langue française 2015.

Au fait, ne croyez pas tout ce qu’elle dit : Florence a peut-être embrassé Laure.


Ce livre de Kiev Renaud est magnifique. Je dis "livre" car je ne sais pas comment le qualifier. Trois narratrices se succèdent : Florence, Cassandre et Laure. Chacune d'elle, avec sa personnalité, raconte des fragments de sa vie. S'agit-il d'un roman par nouvelles ? D'un recueil de nouvelles ? Ou d'un roman choral ? Je ne sais pas mais peu importe. Je n'ai jamais embrassé Laure est un petit livre chargé d'émotions de non-dits et de belles images. Tout ce que j'aime ! Et puis, quelle plume ! Ce n'est pas tous les jours qu'on rencontre une aussi belle écriture toute en finesse et en subtilités.

Je ne veux pas trop en dire à propos d'un livre trop très court mais Kiev Renaud est assurément une auteure que je suivrai dans le futur. Elle a ce qu'il faut pour devenir une de mes plumes québécoises préférées.

Je n'ai jamais embrassé Laure - Kiev Renaud
Éditions Leméac 2016
88 pages

vendredi 25 novembre 2016

Ceci n'est pas de l'amour - Sophie Bienvenu

Quatrième de couverture :

Ceci n’est pas un journal.

Ceci n’est pas un meurtre, ni un viol, ni une bouche. Surtout pas un rêve ou une fantaisie. Nous sommes en poésie, les visages se multiplient au même rythme que les corps, la vie, les plaies et toutes les fleurs dehors: cela défile, cela est vrai. Sophie Bienvenu parle d’amour.

Première incursion de l’auteure dans la forme poétique, ce recueil au sens propre s’impose comme une radiographie des passions. On tourne autour, on s’irradie pour mieux apercevoir le squelette des verbes Aimer, Fuir et Prendre. « Je ne suis pas le genre de fille/à me protéger de la pluie ».


Je ne vais pas prétendre m'y connaître en poésie. Je n'en lis presque pas (sauf  les poèmes sur les murs de ma ville). Mais, quand un auteur que j'aime publie un recueil, j'ose. J'avais le goût de lire Ceci n'est pas de l'amour car j'aime tout ce que fait Sophie Bienvenu. J'aime ses mots. Ils ne sont pas souvent tendres, pas toujours beaux mais ils sont toujours justes. Et certains sont étonnamment, et malheureusement, d'actualité :

"Non
Trois lettres
Deux en fait
Un enfant aurait compris
Un chien aussi
Dans mon encyclopédie des monstres
Laisse-moi vérifier
Lequel tu es"

De Sophie Bienvenu, sur mon blogue :  Chercher SamEt au pire, on se mariera et Autour d'elle.

Ceci n'est pas de l'amour - Sophie Bienvenu
Éditions Poètes de brousse 2016
80 page

mercredi 23 novembre 2016

Luisa, ici et là - Carole Maurel

Résumé :

D’un côté, il y a Luisa, 33 ans, photographe culinaire célibataire et incapable de vivre plus de quelques semaines avec un homme. De l’autre, Luisa, 15 ans, des rêves plein son sac à dos, une folle envie de trouver l’amour et de vivre de la photographie… Mais aussi des sentiments inassumés pour Lucie, sa copine homosexuelle.

Un jour, aussi invraisemblable que cela puisse lui paraître, la Luisa adulte voit débarquer sur le pas de sa porte l’ado qu’elle était ! Cette rencontre sera décisive pour la jeune femme car elle fera remonter à la surface des frustrations trop longtemps enfouies.

Un récit initiatique à rebours, qui entraîne le lecteur dans une quête intime de réalisation personnelle, porté par le trait joueur et les couleurs pleines de vie de Carole Maurel. Un procédé de paradoxe temporel exploité avec brio !


J'ai pioché cette bande dessinée dans les nouveautés de ma bibliothèque. Je n'en attendais rien de particulier. J'ai été surprise d'embarquer totalement dans l'histoire et ce, dès les toutes premières pages.

Luisa est une jeune trentenaire célibataire. Un jour, elle voit débarquer dans son immeuble une adolescente qui lui ressemble comme deux gouttes d'eau. Étrangement, la jeune fille affirme vivre dans les années 90; elle n'a que des Francs sur elle, se balade avec un walk-man et achète des cartes d'appel pour téléphoner. Nous découvrons rapidement que l'adolescente qui a traversé le temps, c'est elle-même, Luisa à 15 ans venue rendre visite (malgré elle) à la femme qu'elle est devenue.

D'abord, l'idée de départ crée des situations loufoques qui m'ont bien rire. Puis, après le côté léger, une vraie réflexion s'installe avec son lot de questions. Que dirait l'adolescente que j'ai été de la femme que je suis présentement ? Est-ce que j'ai réalisé ses rêves ou ai-je pris un chemin complètement différent ? L'idée a été très bien exploitée du début à la fin. J'étais aussi adolescente dans les années 90. Mon appréciation a certainement été influencée par tous les points communs que je partage avec Luisa.

Le dessin, beau et coloré, est invitant. Je ne connaissais pas Carole Maurel mais je me pencherai sur son travail avec plaisir. J'ai déjà noté L'apocalypse selon Madga.

Une très, très bonne surprise !
Luisa, ici et là - Carole Maurel
Éditions La boîte à bulles 2016
272 pages
Cette semaine, le récapitulatif des "BD de la semaine" se trouve chez Mo.

dimanche 20 novembre 2016

Prague - Maude Veilleux

Quatrième de couverture :

«Le livre avait beau parler du couple ouvert au début, ce n'est plus tout à fait le sujet. Le sujet, c'était je-ne-sais-plus-trop-quoi. Le sujet, c'était mon angoisse à ne plus aimer quelqu'un qui m'avait sauvée, qui avait tout pour me plaire, qui m'aimait, que j'aimais. Ne plus aimer quelqu'un que j'aimais et aimer un autre, un imparfait, un inconnu. Ne plus aimer l'homme que je voulais aimer pour toujours. J'hésite à l'écrire: ne plus aimer l'homme que j'avais voulu aimer pour toujours.»


J'ai commencé ma lecture de Prague avec beaucoup d'attentes. J'avais bien aimé Le vertige des insectes. Les premières pages se laissaient lire mais je ne les trouvais pas à la hauteur.

C'est à la page 65, lorsque l'auteure cite Annie Ernaux avec un extrait de L'écriture comme un couteau, que j'ai compris où elle s'en allait. Il y a eu un gros déclic dans ma tête. Le roman a alors pris une toute autre dimension. À partir de là, je l'ai dévoré presque sans respirer, en apnée, comme l'héroïne.

La réflexion sur le roman et le processus d'écriture est ce que j'ai préféré dans Prague. Ensuite, j'ai apprécié que la réalité s'emmêle à la fiction. Le personnage principal semble si près de l'auteure qu'on ne peut plus distinguer le vrai du faux. J'aime croire qu'il y a du vrai là-dedans, qu'il s'agit d'une autofiction impudique et que l'expérience a été vécue réellement. Et si ce n'est pas le cas, ne me le dites pas.

Déjà, après deux romans, on peut dire que Maude Veilleux a un style bien à elle. On décèle aussi quelques thèmes récurrents dans ses projets : sa fascination pour le Yukon, sa peur de la solitude, sa tendance à la dépression et son attirance pour la mort. Il faut s'accrocher pour la lire mais ça vaut le coup !

Prague - Maude Veilleux
Éditions Hamac 2016
114 pages

mercredi 16 novembre 2016

Elle nage - Marianne Apostolides

Quatrième de couverture :

À Loutra, en Grèce, Kat plonge dans ses souvenirs. Elle nage : 39 longueurs – une pour chaque année de sa vie. Défiant la viscosité de l’eau comme de sa mémoire, elle file vers son passé : son enfance, sa fille, sa faute. Un, deux, trois, respire : son mariage est à l’eau. Si seulement elle parvient à cerner le moment précis où tout a sombré, elle saura quoi faire. Elle nage sous tension, cherchant la fin. Lorsqu’elle s’arrête pour reprendre son souffle, Kat regarde Melina, sa fille de 14 ans, flirter avec Achilles, un jeune Grec, au bord de la piscine. Elle voit naître en eux le désir, cette joie de ressentir le possible sans nom.

Marianne Apostolides signe un roman richement ponctué, rappelant le rythme de la nage : l’histoire d’une femme prête à se jeter dans l’inconnu, nous entraînant avec elle.


J'aimais le titre, j'aimais la couverture, j'ai pris ce livre sans savoir à quoi m'attendre. J'y ai découvert un beau roman d'une auteure canadienne que je ne connaissais pas du tout.

Je dois dire que le début m'a paru un peu brouillon. Il m'a fallu un moment pour avoir quelques repères et m'habituer aux signes de ponctuations abondants. Puis, sans forcer, je me suis laissée aller dans cette écriture rythmée par les mouvements, les respirations et les longueurs de piscine qui s'accumulent. Elle est parfois fluide, parfois plus saccadée mais toujours élégante.

Elle, c'est Kat. Kat nage dans une piscine de Loutra en Grèce. Sa séance de natation en devient une d'introspection. À l'aide de fréquents retour en arrière, elle tente de comprendre ce qui l'a menée là pour entrevoir le futur. Ses réflexions sont pêle-mêle, comme elles lui viennent en tête.

Elle nage est un roman très particulier qui m'a fait découvrir une auteure à la plume magnifique.

Elle nage - Marianne Apostolides
Éditions La Peuplade 2016
134 pages

dimanche 13 novembre 2016

Non mais... quelle surprise !

Hier soir, j'ai commencé à lire Prague de Maude Veilleux. J'ai lu une trentaine de pages avant de m'attarder un peu sur le livre en tant qu'objet (que je trouve très beau). J'étais très loin de me douter qu'à la toute fin, je trouverais un extrait de mon commentaire à propos du premier roman de Maude Veilleux Le vertige des insectes. Imaginez ma surprise, Les lectures de Marguerite sont à l'intérieur ! Impossible de fermer l’œil après ça !



Ça me fait plaisir (car je suis très, très loin d'être une critique professionnelle) mais je suis quand même étonnée. Blogueur, blogueuse, est-ce qu'il vous est déjà arrivé de trouver vos propos quelque part comme ça?

jeudi 10 novembre 2016

The Girls - Emma Cline

Quatrième de couverture :

Evie Boyd, adolescente rêveuse et solitaire, vit au nord de la Californie à la fin des années 1960. Au début de l'été, elle aperçoit dans un parc un groupe de filles. Interpellée par leur liberté, elle se laisse rapidement hypnotiser par Suzanne et entraîner dans le cercle d'une secte. Elle ne s'aperçoit pas qu'elle s'approche à grands pas d'une violence impensable. Premier roman.


The Girls est probablement mon plus grand coup de coeur de l'année 2016 jusqu'à maintenant (notez que nous sommes quand même en novembre). 
Ce sera tout pour l'introduction.

The Girls est fortement inspirée de celles de l'Affaire Charles Manson. L'auteure, Emma Cline, ne s'en cache pas. Elle a mentionné qu'en lisant à propos de cette affaire, elle avait trouvé très peu d'information à propos des filles, pourtant nombreuses, qui vivaient dans la commune. Elle s'est intéressée à elles pour écrire ce roman plus que réussi.

Pour raconter l'existence de ces Filles, Emma Cline a mis en scène une adolescente californienne, Evie Boyd. C'est un personnage fictif qu'elle a créé. En 1969, Evie est esseulée depuis le divorce de ses parents. Son existence lui semble morne alors qu'elle voudrait "vivre plus". Elle commence à avoir conscience de son corps, de son propre désir et de celui qu'elle a maintenant le pouvoir de créer chez les autres. Grâce à un récit intimiste, l'auteure s'est penchée sur la psychologie de l'adolescente de manière si juste et intelligente que le personnage semble prendre réellement vie sous nos yeux.

Emma Cline possède un sens de l'observation incroyable grâce auquel son écriture se démarque. Elle a quelque chose de juvénile tout en étant très précise. Dès les premières phrases, elle m'a envoûté et ce, jusqu'aux dernières lignes. Les descriptions sont puissantes et riches. Elle a même le pouvoir de rendre la laideur attirante et poétique. Je la relirai, c'est certain.

Même si nous connaissons la fin, elle nous bouleverse. Mais, il faut surtout lire ce roman pour le voyage initiatique qu'il offre, le trajet déroutant qui mène à cette atroce scène. Je l'ai terminé il y a quelques jours et depuis, je l'ai toujours en tête. À lire en écoutant Freak de Lana Del Rey.

Troublant. Fascinant. Bouleversant.

The girls - Emma Cline
Éditions La Table ronde 2016
336 pages

mercredi 2 novembre 2016

Dracula - Bram Stoker

Quatrième de couverture :

Jonathan Harker, jeune notaire, est envoyé en Transylvanie pour rencontrer un client, le Comte Dracula, nouveau propriétaire d'un domaine à Londres. A son arrivée, il découvre un pays mystérieux et menaçant, dont les habitants se signent au nom de Dracula. Malgré la bienveillance de son hôte, le jeune clerc ne peut qu'éprouver une angoisse grandissante. Très vite, il se rend à la terrifiante évidence: il est prisonnier d'un homme qui n'est pas un homme. Et qui partira bientôt hanter les nuits de Londres...

Grand classique de la littérature de vampires, best-seller de tous les temps après la Bible, "Dracula" est une source d'inspiration inépuisable.


En octobre, depuis quelques années déjà, je lis des classiques d'épouvante : Carmilla, Frankenstein, Le fantôme de l’Opéra, L’étrange cas du Docteur Jekyll et de Mr. Hyde, etc. C'était au tour du mythique Dracula cette année. Il serait inutile de faire un résumé de cette oeuvre mais je tiens tout de même à vous partager mon appréciation.

Comte Dracula, Dr. Van Helsing, Jonathan Harker, nous avons tous déjà entendu ces noms mais peut-être que vous avez de fausses représentations en tête comme moi avant ma lecture. Découvrir leur véritable histoire a été un plaisir en ce temps d'Halloween ! Renfield, l'homme interné dans un asile qui mange des mouches et des araignées, est aussi un personnage savoureux que j'ai adoré.

Dracula est presque uniquement composé de journaux intimes et de lettres des différents personnages. J'avais peur que le style épistolaire rende très ardu la lecture de ce roman (qui fait quand même plus de 500 pages). Il n'en est rien. L'écriture de Bram Stoker se lit très bien malgré l'époque. L'atmosphère est envoûtante dès les premiers chapitres. Le fantastique y est présent par petites doses ce qui, selon moi, le rend plus crédible. Nous sommes davantage dans la suggestion que dans l'action.

J'ai seulement été un peu déçue du sort réservé aux personnages féminins qui sont, à chaque fois, des victimes du Comte ou des êtres faibles que les hommes doivent protéger. Si, par bonheur, l'une d'elles est intelligente et brave, on dit d'elle qu'elle "a le cerveau d'un homme". Mais, je ne ferai pas ma féministe avec un roman du IXe siècle, nous n'en sommes plus là.

Bref, j'ai adoré ce classique. J'ai lu une vieille édition qui date de 1963 qui avait beaucoup de charme. Voyez par vous-même !

Dracula - Bram Stoker
Éditions 
507 pages

lundi 24 octobre 2016

J'ai vu (moi aussi) Stranger Things


J'ai gardé mes gros coups de coeur pour la fin de ce Challenge d'Halloween. Voici mon tout dernier en matière de série télévisée : Stranger Things.

L'histoire se déroule dans une petite ville américaine, Hawkins, pendant les années 80. Dès le premier épisode, un jeune garçon disparaît mystérieusement. Ses trois meilleurs amis tentent de découvrir ce qu'il lui est arrivé malgré les mises en garde de leurs parents qui voudraient bien qu'ils laissent cette tâche au shérif Jim Hopper et à son équipe. Bien vite, nous réalisons qu'il ne s'agit pas d'une simple disparition. Il y a aussi cette étrange fille en jaquette d'hôpital au crâne rasé, le Laboratoire national d'Hawkins et ses gens qui se font passer pour ce qu'ils ne sont pas...

Depuis sa sortie sur Netflix en juillet dernier, Stranger Things est une des séries les plus regardées. C'est qu'elle plait autant aux nostalgiques des années 80 qu'aux plus jeunes qui n'ont pas connu cette époque. Les références aux œuvres d'épouvante sont nombreuses : E.T., Poltergeist, The Thing, etc. La série a un je-ne-sais-quoi de l'univers de Stephen King aussi. Une grande attention a été portée aux décors, aux costumes ainsi qu'à la bande sonore. L'esthétisme de cette série est irréprochable.

Ce qui est génial également c'est d'avoir intégré des personnages d'enfants (Mike Lucas, Dustin et Eleven), d'ados (Nancy, Steve, Jonathan et Barbara) et des adultes (Joyce et Jim) et qu'ils soient tous aussi intéressants. Il n'y a aucun moment plat dans ces huit épisodes. Une deuxième saison devrait être disponible

Pour de bons frissons, je vous recommande chaudement cette série mais... ne me dites pas la fin ! Il me reste un épisode à voir, je me le réserve pour la fin de semaine de l'Halloween. 

mercredi 19 octobre 2016

Hôtel particulier - Sorel

Résumé :

De nos jours, une jeune femme se suicide dans son appartement… mais ce n’est que le début de son histoire. Sous le regard d’un chat complice, manifestement capable de continuer à la voir, elle se met à hanter l’immeuble où elle a vécu, témoin involontaire mais intéressé du quotidien intime de ses anciens voisins. Ici un couple illégitime vit une passion charnelle, avec la complicité un peu perverse du mari trompé, là ce sont des parents dévorés d’angoisse face à la disparition inexplicable de leur petite fille, ou encore ce solitaire apparemment capable de faire surgir d’incroyables bacchanales des trésors de sa bibliothèque – sans oublier un jeune peintre sans le sou pour lequel la défunte ressent manifestement une attirance certaine… 

À l’opposé d’un fantastique oppressant, tout en empathie et en délicatesse, Guillaume Sorel invite son lecteur à accompagner l’errance de ce séduisant fantôme un peu mélancolique, avec une tonalité poétique très fidèlement transcrite par un dessin au lavis parfaitement maîtrisé. Au terme du voyage, l’amour triomphera de la mort.


Cette semaine, je vous présente une bande dessinée qui n'a rien de bien effrayant. Cependant, par ses thèmes, son univers et son atmosphère mystérieuse, je trouve qu'elle cadre bien dans ce mois d'octobre.

Dans les premières pages, Émilie, une jeune femme, se suicide dans son bain. Quelques jours plus tard, son corps est découvert puis transporté mais son âme, elle, continue d'errer dans cet hôtel particulier. Après quelques jours de solitude, elle découvre qu'elle a le pouvoir d'entrer en communication avec un chat. Ensemble, ils observeront les habitants de l'immeuble dans leur intimité. Le lecteur devient donc aussi un voyeur dans les appartements d'un peintre amoureux, d'un couple qui commet l'adultère, d'une vieille sorcière, de la famille d'une fillette disparue et d'un homme obèse toujours en très bonne compagnie...

Mis à part le fantôme d'Émilie, il y a d'autres manifestations fantastiques. Il se passe plusieurs choses étranges et inexplicables dans cet immeuble ! Le dessin en noir et blanc est joli et il aide à rendre l'atmosphère envoûtante. L'album est aussi rempli de petits et gros clins d’œil au monde littéraire que ce soit par des extraits d’œuvres ou des personnages. Par contre, je dois dire qu'à certains moments, j'étais un peu perdue, je ne comprenais plus où l'on voulait en venir. 

Malgré quelques flous dans la narration, j'ai apprécié l'univers bien particulier de cet hôtel !
Hôtel particulier - Sorel
Éditions Casterman 2013
102 pages